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Ce trafic rapporterait 200 milliards de dollars et tue de plus en plus. 120 000 enfants succombent chaque année en Afrique. Un trafic qui gangrène tout le continent et contribue au financement du terrorisme.

On trouve de tout : antibiotiques, antidouleurs, antipaludéens ou traitements contre l'impuissance. Des « médicaments » les plus anciens aux plus innovants, en boîte ou à l'unité. Mais au lieu de vous guérir, ils risquent d'aggraver votre état de santé ou même de vous tuer. Selon l'Organisation Mondiale de la Santé, un médicament sur dix dans le monde est une contrefaçon. Il peut être mal dosé, ou contenir une toute autre substance que celle indiquée. Ces contrefaçons proviennent le plus souvent d'Asie, fabriquées en Chine, en Inde ou au Pakistan. Et 42% des saisies se font en Afrique, où la faiblesse des système de santé et la pauvreté ont favorisé l'émergence de ce marché parallèle. Peu réprimé, ce marché lucratif attire les organisations criminelles et contribue de plus en plus largement au financement du terrorisme.

Un marché à Lomé

Sur le marché de Gbossimé, à Lomé, au Togo, les revendeuses de médicaments ont installé leurs paniers et leurs bassines à même le sol. Les "bonnes dames" et leurs paniers débordent de boites de gélules, de paquets de comprimés et de flacons de sirop. Les emballages sont tour à tour criards ou très conformes à ceux des spécialités pharmaceutiques. Aller acheter ces médicaments dans la rue ou au marché, cela se dit ici "aller à la pharmacie par terre".

Les acheteurs sont électriciens, secrétaires, ou chauffeurs de taxi, comme Fabrice, qui va parfois à la pharmacie par terre, mais il n’y achète que des remèdes traditionnels, tisanes et racines. Et si le traitement de la bonne dame ne fonctionne pas, il dit aller ensuite à l’hôpital, mais le moins possible, parce qu’il "manque de moyens". Babi, un vendeur, assure que les dames du marché vendent du paracétamol authentique, et moins cher que dans les pharmacies, parce qu’elles "achètent en gros". Tous ceux qui achètent les médicaments au marché assurent que les bonnes dames savent comment fonctionnent les médicaments et, connaissant leurs clients, savent ce qui va convenir à chacun. 

Un accès difficile aux vrais médicaments

Au Togo, comme dans les autres pays de la sous région, plusieurs facteurs s’additionnent qui rendent difficile l’accès aux vrais médicaments. Les moyens financiers, le manque d’information sur les dangers des produits, et aussi un maillage sanitaire insuffisant. Le maillage continue pourtant de se renforcer, explique le Dr Massimileh Assih, directrice de la CAMEG, la centrale d’achat des médicaments essentiels et génériques du pays, qui confirme malgré tout que la norme sanitaire qui veut que les formations sanitaires soient à moins de 5 km des communautés n’est remplie qu’à 67%. 

Ce qui lui semble peser aussi très fortement est un fait culturel : 

Dans l’inconscient collectif, c'est mieux de prendre quelque chose plutôt que rien du tout. Et ces médicaments vendus dans la rue offrent certains avantages. Dans une pharmacie, on vous vend un traitement, c'est-à-dire que s'il vous faut 20 comprimés pour 5 jours de traitement, c'est exactement ce que l'on vous vend. Mais si vous n’avez que 100 francs CFA, vous pouvez acheter seulement deux comprimés dans la rue, et vous les prenez en attendant, en vous disant que c'est mieux que rien. Et si le lendemain vous avez encore 100 francs, vous pouvez en reprendre deux !… Sans compter que dans la rue on ne paye pas la consultation, sans compter encore qu’entre voisins on se connaît et on se fait crédit. Tout cela favorise très fortement l’achat des médicaments illicites… et les gens sont persuadés de se soigner correctement. 

 

Une "profession" qui veut même s'organiser au sein d'une instance représentative !

C’est tellement accepté que l’an dernier les vendeurs de médicaments illicites se sont regroupés pour demander aux autorités l’autorisation de créer un syndicat ou une instance représentative de leur "profession". Le docteur Kpeto s’en étouffe "C’est dire à quel point les gens jusqu'à présent peuvent penser que c'est normal d’aller acheter le médicament je ne sais où et de venir le mettre à disposition de la population, et que c'est un simple commerce." 

Au Togo, les ports et les aéroports sont sous étroite surveillance, équipés de matériel de détection et de scanners. Les médicaments officiels arrivent en conteneurs par voie maritime ou fret aérien, avec un circuit établi et une documentation précise sur le fabricant et l’importateur, qui doivent être agréés. Peu de marchandise frelatée y transite aujourd’hui. Mais le maillon faible du pays est la frontière terrestre, impossible à surveiller de façon efficace.

Le travail des douanes et des stups est encore compliqué par la prolifération des trafiquants. Il y a bien sûr les réseaux organisés, mais de plus en plus d’"amateurs" qui se sont improvisés trafiquants. Le Dr Kpeto a participé à une étude sur ce sujet avec la police judiciaire : 

Pendant cette étude, nous étions tombés sur un cas où des antipaludiques avaient été contrefaits, puis introduits ici et au Ghana voisin, et nous avons découvert que celui qui importait ces médicaments faisait à l’origine du commerce de matériel de construction. En allant pour affaires en Asie, il s’est rendu compte que trafiquer de médicaments était plus bien intéressant et s’y est lancé ! Sans peut être se rendre vraiment compte de la gravité de la chose, mais avec un rendement de 500 fois la mise … cela peut facilement susciter des vocations ! 

Cette myriade de petits trafiquants explique aussi que les pays africains soient inondés de faux médicaments. Mais derrières ces "petits entrepreneurs" se cache un autre danger. Ce trafic très prospère intéresse, et de plus en plus, ceux qui sont en perpétuelle recherche de financements illicites : les bandes armées, et les groupes terroristes.  

Selon Jean Louis Bruguière, ancien juge anti terroriste, de nombreux groupes terroristes y ont déjà trouvé une source de financement : 

Le Hezbollah a financé, a utilisé les faux médicaments pour financer les activités à caractère terroriste. Le Hamas en a fait de même. Al-Qaïda avait demandé également de recourir à des trafics en tout genre et surtout de la contrefaçon, y compris de médicaments pour financer des opérations. Dans la zone du Sahel, il n’y a plus d’enlèvements et c’est une bonne chose, mais ce trafic a pris le relais. De la même façon, les organisations qui étaient jadis financées par l’Etat Islamique dans l’ouest africain, au Sahara ou au Nigeria comme Boko Haram sont obligées de s’auto financer aujourd’hui et le font notamment de cette façon. La part du trafic de faux médicaments est croissante, et elle va devenir exponentielle. 

L'initiative de Lomé
En début d’année, sous l'impulsion de la Fondation Brazzaville, plusieurs chefs d’état africains se sont retrouvés au Togo pour lancer l’initiative de Lomé de lutte contre le trafic de faux médicaments. 

Ce n’est pas la première fois que les Etats d’Afrique et les ONG essaient de prendre le problème à bras le corps, mais c’est la première fois que six chefs d’Etat ou leurs représentants ont fait le déplacement et signé un accord en présence du directeur de l’OMS Thedros Adhanom Ghebreyesus, venu plaider pour une coopération et une concertation renforcées. 

Le premier chantier à venir est pénal. Dans toute l’Afrique, le trafic de faux médicaments ou de médicaments falsifiés est très peu réprimé. Les peines encourues sanctionnent essentiellement des infractions a la législation sur la propriété intellectuelle, et ne prennent pas en compte le risque parfois vital que les trafiquants font courir à la population. Il y a urgence à légiférer estime l’ancien juge Jean Louis Bruguière : 

Aujourd'hui, des trafiquants peuvent être condamnés simplement à des amendes ou à des peines de prison ridicules. Il n’y a donc aucun effet de dissuasion. Il faut inciter chaque État membre à créer des infractions nouvelles, spécifiques au trafic et à la distribution. Des infractions assorties de peines lourdes, qui, de mon point de vue, ne doivent pas être inférieures à 15 ans d'emprisonnement. Cela permettrait d’arriver à un niveau pénal qui soit à peu près équivalent à ce qui existe partout en Europe, et aussi en Afrique, concernant le trafic des stupéfiants. 

Une fois posé ce cadre législatif et répressif, les pays du continent pourront enfin se lancer dans le grand chantier qui permettra de se débarrasser des faux médicaments de façon pérenne : celui d’une vraie assurance maladie, d’une couverture santé universelle pour l’ensemble des populations. Plusieurs pays s’y sont engagés à l’horizon 2030. Au Togo, de premières mesures ont été instaurées, comme le détaille le professeur Mustapha Mijiyawa, ministre de la Santé : 

Nous avons mis en place une assurance au profit des fonctionnaires, qui touche à peu près 6% des Togolais, et dans ce lot de compatriotes, la tendance à recourir aux faux médicaments a décru. De même, depuis que les enfants peuvent aller dans les formations sanitaires sans que leurs parents ne devoir débourser de l'argent à l’avance, on les voit plus souvent en cas de problème dans les formations sanitaires. Aujourd'hui, si vous additionnez, cela couvre à peu près à peu près un tiers de la population. On est en train de mener maintenant des actions pour voir comment étendre la couverture maladie, c'est l'une des voies de lutte contre le recours aux médicaments contrefaits.

 Pour lutter contre cette menace sanitaire, qui tue plus que le Covid en Afrique, le numérique est un outil indispensable en mettant en oeuvre l'information du public et des professionnels. C'est ce que font plusieurs initiatives dont MEDPRYM.